Qu’est-ce que le Slam ?

Rédigé par Pierre-Paul Battesti le Vendredi 12 Juin 2015 à 16:57



Ni plus ni moins que nos Chjam'è Rispondi, Canti è Puesie ?


Une rencontre Slam n’est pas une compétition. Il ne s’agit pas de diviser les poètes, au contraire de les réunir voire de les fédérer autour de la poésie ! Il n’y a ni d’ailleurs ni gagnant ni perdant. La vedette, c’est l’art poétique, et seul vainqueur.

Le Slam est un mouvement artistique, culturel et social. Il a pour objet de rendre la création et l’expression orale accessible au plus grand nombre. Il démocratise la poésie et la dépoussière de poncifs encombrants et récurrents. Porteur d’une mission citoyenne, le Slam donne la parole à celui qui la veut, le temps d’un texte, quelque soit son style, et sa durée... « Slam » veut dire « claquer » en anglais… Discipline vivante, à mi-chemin entre harangue et expression corporelle, les rencontres de Slam célèbrent donc l’art oratoire. Une fois par an, une rencontre nationale de Slam en poésie est organisée en France. Tout participant, peu importe son sexe, son âge, sa couleur, sa religion, ses opinions, ses préférences sexuelles, son apparence, y sera un poète actif, et vivant. Le phénomène Slam peut-être évoqué sous un aspect purement stylistique (la poésie slam), ou alors, sous un aspect contestataire, devenant un mouvement social (le slam poétique). Ces deux aspects sont toutefois indissociables. Une rencontre Slam n’est pas une compétition. Il ne s’agit pas de diviser les poètes, au contraire de les réunir voire de les fédérer autour de la poésie ! Il n’y a ni d’ailleurs ni gagnant ni perdant. La vedette, c’est l’art poétique, et seul vainqueur. Il est difficile de déterminer avec précision l'apparition de ce phénomène qui, dans ses débuts, a été bien entendu méconnue et dont malheureusement l'influence est encore mésestimée. Le Slam semble être apparu à Chicago aux alentours de 1987, au "Green Mill", devenu rapidement un point de rencontre poétique. Pour d'autres, le point de départ du mouvement Slam est le « Poème » pour la compétition d'Osaka. C’est Marc Smith, un jeune écrivain de Chicago qui dans ce bar organise ces rencontres débats, le succès est vite relayé par les médias locales, puis s’étend… Des lectures étaient déjà organisées à Chicago fin 1970. Jerôme Salla faisait partie de ces précurseurs qui drainèrent dans les bars et clubs de Chicago, un public de plus en plus important, parmi lequel des artistes et des éditeurs...

La performance poétique de Ted Berrigan et Ann Waldam, vêtus d'un équipement de boxeurs, reste encore dans les mémoires. Jérôme Salla organisait des compétitions poétiques sur le modèle des matchs de boxe, genre tout à fait nouveau, qui a su séduire les esprits non conventionnels et anti-académiques.
Ce n’est qu’en 1996 que l’on parle vraiment du slam français dans les médias, et particulièrement lors de la sortie du film « slam » réalisé par Paul Devin en 1997, qui jouait le rôle principal. Il obtint la caméra d’or au festival de Cannes en 1998.  
Ces tournois s'apparentent à de véritables combats de gladiateurs, où les mots forgés dans les esprits galvanisés sont brandis telles des armes destinées à vaincre l'adversaire. Quelquefois aussi, les chaises peuvent voler. Certains s’accordent à penser qu’il n'y a aujourd'hui aucun phénomène similaire, si l'on excepte celui de la musique rap, c’est sans connaître des expériences régionales.
Nos amis basques du journal Euskalherria, nous expliquent que le Slam, s’inscrit dans la culture oratoire du pasteur noir américain et de son sermon enflammé, du griot africain et de sa parole sacrée, ou du bertsolari basque et de son verbe rythmé. Les « Bertsolari » sont des poètes versificateurs et improvisateurs. Le chant et la poésie là aussi très intimement associés, viennent d’un passé lointain, aussi ils posent aux lecteurs cette question : fallait-il que les Etats-Unis, grands créateurs de tendances, réinventent le Bertsolarisme ? Que peut-on penser, du Chjam'è Rispondi, Canti è Puesie in lingua corsa… N’y aurait-il pas là un clin d’œil à notre passé et à ses traditions ? Au-delà de ces questions demandant un travail universitaire,  peut-on espérer, grâce à la reconnaissance de cette nouvelle poésie urbaine, une résurgence des joutes en langue corse ?
Si parmi le public, certains s'enflamment, et sont prêts à monter sur la scène, pour se mêler à la confrontation, afin de se battre réellement comme dans un vrai match de boxe, pourquoi n’en serait-il pas de même en Corse ? Pourquoi, dès lors, nos éminents linguistes corses, au lieu de se lamenter sur la disparition programmée de notre langue, ne feraient-ils pas de même, en (re)mettant au goût du jour ces tournois, en faisant office de régénérescence du corse. Ils pourraient aller combattre aux quatre coins de l’île, voire dépasser la mer. Leur récompense serait de voir accourir toujours plus de monde… un public voulant découvrir leurs textes, qu'ils n'auraient autrement jamais écrits ou lus que pour eux-mêmes. La langue descendant ainsi de sa tour d'ivoire pourrait acquérir là, un vrai statut populaire, en lui offrant une tribune, tout en n’oubliant pas la sacro sainte et inévitable « pédagogie » autour de tels événements...
Le projet de Marc Smith, qui consistait simplement à offrir le micro au public, afin qu'il fasse entendre sa voix, lui gagna les faveurs d'un immense public. Aux Etats-Unis, le terme de "slam" est devenu un terme générique. On l'entend à la radio, on le lit dans les magazines, partout... Marc Smith revient toujours à son idée de base empruntée à Wendell Barry : 
Le slam, "ce n'est pas pour glorifier le poète, c'est pour servir la communauté". Souhaitons la même chose à la langue Corse…
Pierre-Paul Battesti